Madame Lagarde,

Comment ne pas être subjugué par le puissant charisme que vous dégagez? Le volontarisme et l’implication que vous témoignez tous les jours fait chaud au coeur. Ah dieu merci la politique utile.

Oui mais.

Outre vos fringues toujours bien coupées, un look irréprochable, une ligne de conduite assez honorable. Vous me chiffonnez très chère. (Vous noterez le rapport entre vêtements et chiffons…).

Oh non je ne vais pas parler de vos déboires judiciaires. Vous êtes comme toutes les autres, c’est dans l’ère du temps. C’est regrettable de devoir assigner les politiques en justice, parce qu’ils ont à s’expliquer sur leurs magouilles…mais que voulez vous, je suis un jeune désillusionné. Je m’y suis fait, et je confesse même que la multiplication des actions en justice contre les membres du gouvernement dont vous faites partie me réjouit un peu quelque part. Mais qu’importe, comme je le disais, je ne vous blâmerai pas sur vos déboires sur l’affaire Tapie. Après tout, ça m’en tamponne une sans balloter l’autre.

J’ai lu aujourd’hui que vous mettiez en action vos idées débiles! Oh oui je sais ce n’est que mon point de vue, mais je crois qu’elles mettent en évidence combien vous êtes déconnectée d’une certaine réalité économique, pour laquelle vous n’avez pas de formation adéquate.

MESURE DU JOUR:

Imposer une baisse du prix des carburants.

Bien. Et après? Pourquoi le prix du pétrole flambe? Parce qu’il y en a de moins en moins. Preuve en est que tout le monde se tape dessus pour en avoir. Répondant aux lois cruelles de l’offre et de la demande, il est normal que les prix grimpent. Quelle solution? La votre? C’est reculer pour mieux sauter. Pensez vous réellement que vous pourrez enrayer cette montée des prix? Il n’y a plus de pétrole, et tous vos discours ces derniers mois laissent entendre que vous n’y croyez pas. Il faudrait pourtant. C’est la réalité de ces prochaines décennies, et plutôt que de tenter de limiter les effets de la crise pétrolière, et rester dans une politique de la tortue (bah ça finira par passer.), il faudrait penser à amorcer une transition dans nos modes de consommation et de déplacement.

Votre refus de voir cette évidence, urgente pourtant, me questionne fortement sur vos capacités en tant que ministre de l’économie. Comment en étant à ce point déconnectée des enjeux essentiels des années à venir, peut-on encore prétendre travailler à améliorer les choses? Votre politique économique menace notre pays, car elle ne se base pas plus loin que les papiers que vous signez. Comment voulez-vous dès lors vous proposer de gérer le FMI. L’économie a besoin d’un économiste pour Ministre. Chose qu’à l’évidence, vous n’êtes pas.

Gérer l’économie d’un pays est une chose que visiblement vous ne savez pas faire, vous voulez essayer le monde? Je peux vous garantir alors une chose: votre travail vous donnera alors encore plus de travail. En devant réparer sans cesse ce que vous avez contribué à démolir, vous n’aurez pas à vous inquiéter du chômage technique.

S.B.

 

Aristote se plaignait déjà des “métaphores déplacées”, c’est-à-dire outrancières. L’actualité vient d’en fournir un bel exemple avec le mot “cancer”, apparu le même jour, comme par contagion, dans la bouche de Silvio Berlusconi – “la justice est le cancer de la démocratie” – et celle du ministre Laurent Wauquiez – les “dérives de l’assistanat sont le cancer de notre société”.

L’image de l’épidémie n’a rien de gratuit, ni d’innocent, c’est une vieille astuce rhétorique pour résumer les peurs et justifier l’intervention de l’Etat. En France, on l’emploie depuis la révolution : à partir du moment où la société n’est plus un corps mystique sous la protection de Dieu (et d’un roi), elle devient un corps organique dont il faut soigner les cellules, rééduquer les membres. Peste sociale, tuberculose, puis cancer du peuple, sida.

Cette “métaphore grossière” permet aux autorités de “simplifier ce qui est complexe” et de faire appel au “fanatisme”, diagnostiquait Susan Sontag en 1978 dans son remarquable essai La Maladie comme métaphore (Ed. Christian Bourgeois). La démocratie n’a aucun problème à régler, juste de sales rumeurs à extraire. À la différence de la tuberculose (qui a cessé d’être employée comme image dès que la médecine a trouvé un traitement efficace), le cancer, toujours considéré comme la “maladie du millénaire”, reste l’emblème du fléau sans remède. Le comparer au chômage, c’est crier son impuissance politique. Le comparer aux chômeurs, c’est bien pire. Pour reprendre les mots de Sontag “c’est rendre un verdict de culpabilité et réclamer une punition”. Laurent Wauquiez veut imposer cinq heures hebdomadaires de travaux d’intérêt général aux assistés-chômeurs-cancérigènes. Soit exactement ce qu’on propose aux délinquants pour leur épargner la prison. Etrange pilule.

Erwan DESPLANQUES

Partager cet article, c’est partager ma colère. C’est partager mon agacement face à certaines rhétoriques politiques qui s’emparent et forment des dérives de problèmes graves. J’ai été particulièrement agacé par les sorties de notre ministre Laurent Wauquiez qui contribue encore un peu plus aujourd’hui à stigmatiser cette maladie grave qu’est le cancer. Cette manière extrêmement négative d’envisager le cancer, comme fléau conscient, est toujours un peu plus une voie vers l’exclusion des victimes de la maladie, qui se battent jour après jour, le plus souvent dans un silence absolu, pour guérir d’un état de santé qui n’a rien d’un choix.

J’ai une profonde admiration pour ceux qui ont combattu ou combattent le cancer au quotidien. Malades, mais aussi familles et proches. Je ne vous crois pas pestiférés, je ne l’ai jamais cru, aucun politicien en mal d’expression choc ne me convaincra du contraire. C’est pourquoi je donne chaque mois à la Ligue contre le cancer, et que j’ai décidé de donner plus car désormais il ne s’agit pas que d’un geste de charité et personnel, mais aussi d’un geste engagé. Je veux montrer que je veux mener ce combat à vos côtés.

S.B.

Vous tous…donnez!

http://www.ligue-cancer.net/faire_un_don

Athée-ré.

10 mai 2011

Chère Nelly Kaprièlian,

(article original ici.)

(lettre publiée sur le site des Inrocks, ici.)

Je peux comprendre votre exaspération, et donc votre billet. Mais je l’ai trouvé assez scandaleux parce qu’il semble être le résultat d’un coup de gueule sans vraiment de réflexions adjacentes.

Je suis assez d’accord avec vous quand vous critiquez le terme de « coming-out » largement utilisé dans la presse. Effectivement affirmer sa foi ne devrait pas être une sorte de coming-out où il est honteux d’être croyant, tout comme d’être athée.

Cependant, vous dites que « peu ont osé condamner haut et fort la destruction » du Piss Christ. Je trouve au contraire que la large part qui lui a été accordée dans les médias a dénoncé l’action du commando qui l’a vandalisé. J’ai trouvé même l’action du musée très intelligente, de laisser l’œuvre en l’état pour montrer les ravages. Nous ne lisons peut-être pas les même journaux, mais on a pu y trouver (et dans des journaux de tout bords) une forte critique de cet acte. De plus, et peut-être que cela vous étonnera, cet acte a d’abord été violemment critiqué par les milieux chrétiens. Il suffisait d’aller à la messe pour entendre des sermons dénoncer ces odieuses pratiques.

Ce qui nous amène à notre deuxième point. Pourquoi vous, les athées, devriez respecter notre sacro-sainte foi, puisqu’on ne respecte pas la vôtre ? Vous qui subissez nos guerres ? Vous semblez délirer un peu. D’une part, les guerres n’ont pas toujours eu un motif religieux. (C’est vous qui avez utilisé le mot toujours, je n’invente rien.) La guerre d’Algérie, la guerre du Vietnam, les deux Guerres mondiales (à titre d’exemples) ne sont pas le résultat de croyances spirituelles et mystiques. Vous faites fausse route ! C’est quasi du délire !

Quant à parler des attentats, ils ne sont le reflet que d’une minorité, que vous semblez vouloir accoler à l’ensemble, au travers de votre « fait sémantique ». Oui le mot « intégriste » est le plus souvent accolé au mot « religieux ». Le mot « terroriste » un peu moins (dois-je vous rappeler les attentats qui ont mené le Front populaire au pouvoir ? les attentats dans les années 50, 60 ? Ce n’était pas des attentats religieux…). L’intégrisme peut venir de toute part, même des athées. On le voit avec la République chinoise, on l’a vu avec l’URSS de Staline.

Vous vous placez en victime des religions, mais ce sont les croyants des religions qui sont d’abord victimes de cette minorité imbécile ! Preuve en est : vous nous réduisez à une bande de fanatiques ! Allez demander à un musulman ce qu’il pense de la mort de Ben Laden, la plupart vous répondrons que c’est une bonne chose parce qu’il a stigmatisé l’Islam en tant que religion violente ! Avant que vous ne soyez les victimes de ces intégristes, ce sont d’abord nous qui en faisons les frais.

Vous voulez coller aux croyants l’étiquette de l’intolérance face aux athées ? Grand bien vous en fasse. Mais ce n’est pas le cas. Il y a dehors une multitude de gens qui croient, qui ont la foi, et qui ne demandent qu’à vivre en paix et en tolérance. Malheureusement, on en parle rarement. Ça n’intéresse pas quand il n’y a pas de morts.

Alors je vous en prie, sortez ! Oubliez la télé et les journaux. Vous verrez peut-être ces choses curieuses que l’on appelle « croyants », se faire insulter dans la rue parce qu’ils sont croyants. Petit déjà, à l’école, il était difficile de dire que l’on croyait, parce que c’était ouvrir une porte aux moqueries et aux persécutions. Je ne pense pas que ça se soit amélioré avec le temps.

À votre manière, vous vous faites le porte-parole de l’intégrisme de l’athéisme. Vous contribuez à élargir le fossé de l’intolérance qui gangrène le monde. Au lieu de tenter de comprendre, vous ne soulevez que les aspects négatifs de la foi. Et quand on ne cherche pas à comprendre, alors on créé des communautés qui ne veulent plus se parler et s’attaquent mutuellement. Si vraiment vous trouvez ça injuste de sans cesse subir, allez dans l’Eglise la plus proche et saccagez-la. Ça vous fera du bien.

Pour ma part, je préfère encore penser que la majorité des athées ne vous ressemble pas, et que ce sont des personnes qui cherchent à comprendre plutôt qu’à critiquer ceux qu’ils ne comprennent pas. Les Inrocks réveillez-vous, on devrait offrir des tribunes à ceux qui cherchent à réduire les fossés entre les cultures. Cessez de donner la parole à ceux qui ont la critique facile, donnez-la à ceux qui prônent la liberté de croyance, et qui le disent.

Ce connard d’intolérant croyant vous salue bien bas.

Bien cher LEMONDE.FR avec AFP,

(article original ici)

Ce n’est pas tellement que je sois un emmerdeur de la linguistique semiologicosociologique… certains diront que si… mais franchement il y a des formulations qui m’interpellent plus que d’autres. Et ça tombe bien parce qu’on est en plein dans l’interpellation, celle qui a fait un de vos titres ce matin.

Bon, on est comme ça nous, on a vu le onze septembre, on connaît vigipirate depuis toujours. Il est de plus en plus rouge et mûr au fur et à mesure des années. On attend qu’une chose, c’est qu’il soit mûr, tombe et que vienne l’heure de la cueillette. En attendant, le Point clame le renouveau d’une Amérique toute puissante (America is back!), puisque justice a été faite. Le Grand manitou du terrorisme mondial a été abattu froidement, puis à fait le grand plongeon. Bref vous l’avez compris, on a jamais parlé autant de terrorisme ces derniers temps que de maintenant. Même l’attentat à Marrakech a fait couler que peu d’encre.

Avec le temps, le terrorisme est devenu l’apanage de l’islam, jusqu’à en faire un amalgame probablement à la base des poussées xénophobes aujourd’hui. Je ne peux blâmer les médias qui font leur boulot, mais des fois l’utilisation de certains termes, aussi justes soit-ils, me laisse un peu glacés.

Cela va de soi que l’islam n’est pas l’islamisme. Mais ce n’est pas évident pour tout le monde. Confrères adeptes des suffixes, vous n’aurez aucun mal à discerner la nuance. Mais les autres, Islam = islamisme. L’amalgame est vite-fait. Ce matin on a interpellé 6 musulmans. Juste comme ça, pour les contrôler, alimentant la tendance générale où l’on pense que les personnes “méditerranéennes” ont beaucoup plus de chances de vous agresser dans la rue, que ce bon vieux blanc de français. Normal ils sont musulmans, on les voit partout à la télé ces gens là, ils ont le sang chaud! Et s’ils le disent à la télé. C’est que c’est vrai!

Loin de moi l’idée de refaire le dictionnaire ni de pinailler sur des termes sans importance…mais peut-être que dans ce cas précis, on pourrait préciser qu’islam n’est pas islamisme, dans une note quelque part en coin de page, pour éviter de nourrir ce perpétuel flot de peur envers nos frères musulmans qui doivent avoir une patience de fer pour endurer ce rapprochement quasi-constant entre islam et terrorisme. Mes frères, je vous admire.

Bien à vous.

EDIT: cet article a été publié avant la mise à jour de l’article du monde, dans lequel il ne faisait pas état des détails de l’opérations, ni des personnes interpellées.

Bien chers tous,

10 mai 2011

Entre deux examens d’éco, un bouquin de 300 pages à survoler, une soutenance à passer et tout un tas de trucs réjouissants comme seuls les Fac françaises savent en produire, j’ai décidé de flâner un peu ici. Je suis champion de flânerie en période de crise, celle qui me fait péter les plombs quand je me dis qu’il faut que je bosse, mais rien à faire Californication, Dr House et autres séries américaines me happent totalement dans une sphère molle d’inactivité. (j’essaierai bien les françaises mais bon… j’suis pas encore tout à fait prêt à me lancer dans Xanadu). Bref, alors que je devrais préparer sérieusement mon avenir universitaire qui se joue ces semaines-ci (ou pas), je repasse par ici pour vous adresser un petit mot.

Voilà quelques mois déjà que j’ai décidé de ranger la clef de Linéa sous la porte du blog. Le concept original ne me satisfaisais pas. À mi-chemin entre le billet d’humeur, l’article de journal, le tout donnait un ensemble assez peu travaillé et peu intéressant, un brouillon d’idées souvent laborieux à élaborer à une cadence – vous l’aurez compris – assez aléatoire. Et puis, s’adresser comme ça à une fille fictive, empruntant des traits à une rencontre plus que furtive, ça fait un peu névrosé. Et en plus, ça motive pas vraiment. Oui j’avais donc décidé de laisser tomber, pour me consacrer à d’autres choses. Oh oui! Des choses j’en ai plein, je vole de l’une à l’autre. J’accumule les blogs, parce que je ne veux pas tout mélanger. J’ai accouché d’un blog de pseudo-critique de ciné (ici), j’ai avancé sur large projet qui me tient à coeur…et puis la Fac, la fac la fac.

Bref, voilà que ce matin, en tentant d’échapper à la montagne de boulot de dernière minute donc, peut-être fort d’une publication dans le courrier des lecteurs des Inrocks (voir article plus haut), je me suis dit qu’il serait peut-être beaucoup plus intéressant d’adresser des lettres aux journalistes, aux hommes politiques, au quidam moyen (ou autres), plutôt qu’à une oeuvre de fiction. Le tout de manière assez brève, sans s’emmêler les pinceaux (c’est un défi de taille pour moi).

On verra ce que ça donnera.

D’ici là, je suis bien à vous.

S.B

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.