3D: La nouvelle Dimension?
août 15, 2009

Chère Linéa,
Quelques minutes avant mon nouveau départ vers la capitale, pour mes nouvelles aventures dans le milieu médiatique et audiovisuel français. Je ne pouvais partir pour cinq semaines sans te laisser un petit mot. Qui sait quand je pourrais t’écrire de nouveau? Ce séjour à la capitale, aura pour but, pour moi petit provincial de découvrir un nouveau train de vie et des nouvelles techniques de cinéma auxquelles je n’ai pas accès convenablement chez moi. Tu vois sans doute de quoi je veux parler. Depuis le début de l’été, on ne parle plus que de ça. 3D par-ci, 3D par là. Il n’y en a que pour la 3D au cinéma (et bientôt à la TV). L’argument 3D semble être devenu une sorte d’éclipse sur tous les critères de qualité d’un film. Même le slogan de Destination Finale 4 (“La mort a gardé le meilleur pour la 3D”) devient tellement ridicule et incompréhensible que l’on se demande si l’on va voir un film maintenant pour l’histoire ou pour la prouesse technique.
Car c’est un fait. De plus en plus de films sont prévus pour la 3D, et il ne s’agit plus seulement de dessins animés ou de films d’animation! Non de véritables films, avec de véritables acteurs. Brad Pitt en 3D, qui fait l’amour à Angelina Jolie -en 3D aussi- dans MR & Mrs Smith, il faut avouer que ça aurait été épatant. Mais le système se démocratise, voire tend vers une banalisation. Panasonic pense déjà à une caméra portable capable de filmer en 3D. Imagine le contraste. Je passais cet été des films filmés en 8mm, soit avec les tous premiers camescopes familiaux du monde, bientôt avec mes enfants on regardera assis sur le canapé, nos vacances à la mer en 3D. Avec un peu de chance, on aura aussi inventé le système Home-Futuroscope, qui nous garantira une session film avec odorama, et giclées d’eau à la figure… Que du bonheur en vrai.
Tu l’auras compris, je suis particulièrement dubitatif face à la 3D. Bien que je n’ai rien contre ce procédé sans doute révolutionnaire, je ne le porte pas non plus dans mon coeur. Je compte aller voir “Là-Haut” en 3D, ces prochains jours, pour me faire une idée. Parce que avouons-le, quand il y a quelques années, on nous avait proposé des émissions télévisuelles en trois dimensions, que nous étions en famille avec nos lunettes en cartons…et bien disons-le franchement: c’était loin d’être fantastique. L’un de mes professeurs dit que ce n’est qu’une transition et que ça ne durera pas. Ma crainte est que ça dure et ça s’installe. J’ai l’impression que tout va trop vite pour que nous puissions réellement en profiter. le DVD, le Blu-Ray, le THD, la 3D. Ca file, ça défile, et on se noie dans ce flot de nouveautés, de prouesses techniques. Sommes-nous trop habitués aux histoires pour qu’elles n’aient plus aucune importance à nos yeux? Le cinéma redevient un spectacle de foire, comme il l’était au départ. Peu importe ce que l’on voit, si ce que l’on voit nous impressionne. Nous ne sommes plus dans une société qui se veut réfléchie, mais où le loisir est un loisir sans réflexion.
J’ai peur aujourd’hui que nous devenions simplement une société spectatrice, plutôt qu’un public actif. Submergés par le nombre croissant des innovations, et où être à la pointe du progrès semble être, non seulement une qualité, mais aussi un indicateur de niveau de vie; j’ai peur que la majorité des gens se noient dans le superflu au point d’oublier ce qui est vraiment essentiel: les histoires que l’on nous raconte, qui nous enseignent, et nous font progresser.
N’oublie pas les histoires.