“Cancer” : un terme, une locution, une expression.
29 mai 2011

Aristote se plaignait déjà des “métaphores déplacées”, c’est-à-dire outrancières. L’actualité vient d’en fournir un bel exemple avec le mot “cancer”, apparu le même jour, comme par contagion, dans la bouche de Silvio Berlusconi – “la justice est le cancer de la démocratie” – et celle du ministre Laurent Wauquiez – les “dérives de l’assistanat sont le cancer de notre société”.
L’image de l’épidémie n’a rien de gratuit, ni d’innocent, c’est une vieille astuce rhétorique pour résumer les peurs et justifier l’intervention de l’Etat. En France, on l’emploie depuis la révolution : à partir du moment où la société n’est plus un corps mystique sous la protection de Dieu (et d’un roi), elle devient un corps organique dont il faut soigner les cellules, rééduquer les membres. Peste sociale, tuberculose, puis cancer du peuple, sida.
Cette “métaphore grossière” permet aux autorités de “simplifier ce qui est complexe” et de faire appel au “fanatisme”, diagnostiquait Susan Sontag en 1978 dans son remarquable essai La Maladie comme métaphore (Ed. Christian Bourgeois). La démocratie n’a aucun problème à régler, juste de sales rumeurs à extraire. À la différence de la tuberculose (qui a cessé d’être employée comme image dès que la médecine a trouvé un traitement efficace), le cancer, toujours considéré comme la “maladie du millénaire”, reste l’emblème du fléau sans remède. Le comparer au chômage, c’est crier son impuissance politique. Le comparer aux chômeurs, c’est bien pire. Pour reprendre les mots de Sontag “c’est rendre un verdict de culpabilité et réclamer une punition”. Laurent Wauquiez veut imposer cinq heures hebdomadaires de travaux d’intérêt général aux assistés-chômeurs-cancérigènes. Soit exactement ce qu’on propose aux délinquants pour leur épargner la prison. Etrange pilule.
Erwan DESPLANQUES
Partager cet article, c’est partager ma colère. C’est partager mon agacement face à certaines rhétoriques politiques qui s’emparent et forment des dérives de problèmes graves. J’ai été particulièrement agacé par les sorties de notre ministre Laurent Wauquiez qui contribue encore un peu plus aujourd’hui à stigmatiser cette maladie grave qu’est le cancer. Cette manière extrêmement négative d’envisager le cancer, comme fléau conscient, est toujours un peu plus une voie vers l’exclusion des victimes de la maladie, qui se battent jour après jour, le plus souvent dans un silence absolu, pour guérir d’un état de santé qui n’a rien d’un choix.
J’ai une profonde admiration pour ceux qui ont combattu ou combattent le cancer au quotidien. Malades, mais aussi familles et proches. Je ne vous crois pas pestiférés, je ne l’ai jamais cru, aucun politicien en mal d’expression choc ne me convaincra du contraire. C’est pourquoi je donne chaque mois à la Ligue contre le cancer, et que j’ai décidé de donner plus car désormais il ne s’agit pas que d’un geste de charité et personnel, mais aussi d’un geste engagé. Je veux montrer que je veux mener ce combat à vos côtés.
S.B.
Vous tous…donnez!
http://www.ligue-cancer.net/faire_un_don